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Durabilité de l'environnement

Introduction

« Une meilleure gestion de l’environnement et des investissements judicieux dans le développement durable sont des moyens cruciaux de lutter contre un grand nombre de maladies les plus graves au monde et constituent des interventions essentielles afin d’assurer la santé pour tous » Dre Margaret Chan, Health and Environment: Managing the Linkages for Sustainable Development.

Pour souligner son centenaire en 2008, l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC) a produit une série de documents sur la santé environnementale afin d’aider les infirmières à mieux connaître les liens entre l’environnement et la santé et à comprendre le rôle qu’elles peuvent jouer personnellement face aux changements climatiques et dans « l’écologisation » du système de soins de santé. Ces documents demeurent à jour et d’une pertinence frappante, mais une série tragique d’événements météorologiques extrêmes et de catastrophes naturelles survenus en quelques années et l’apparition ou la réapparition de menaces morbides rappellent brutalement le lien critique qui existe entre la santé humaine et les conditions environnementales, ainsi que ce qu’il en coûte sur les plans humain, social et économique de l’ignorer.

Ce module vise à exploiter l’information opportune fournie dans des documents antérieurs de l’AIIC et à déterminer pourquoi il est de plus en plus crucial que les infirmières soient conscientes et se préoccupent des enjeux environnementaux, et qu’elles soient informées au sujet de la durabilité et du développement durable dans notre société et dans le monde. Comme l’AIIC l’indique dans l’édition 2008 de son Code de déontologie des infirmières et infirmiers, la pratique et les valeurs infirmières incarnent une « éthique des soins » profondément enracinée dans la justice sociale, et l’engagement de favoriser en toute sécurité la santé et le bien-être des patients dans le contexte de l’accès équitable et de l’équité du traitement.

La conscience de la « durabilité » sous-tend ce sentiment d’intervention responsable et de respect non seulement envers soi-même et d’autres personnes comme les professionnels et les clients, mais aussi envers la terre. Comme infirmières, il y a longtemps que nous représentons, que nous donnons voix aux impuissants et fournissons les meilleurs soins possibles, activités qui s’étendent toutes naturellement à la planète et à ses occupants.

Les modules antérieurs de l’AIIC qui portaient sur le rôle des infirmières dans la santé environnementale présentaient de nombreuses stratégiques pratiques à suivre pour réduire le gaspillage, les émissions et l’exposition aux risques environnementaux et faire de l’environnement le pivot d’une vision générale de la santé.

Pourquoi donc les infirmières doivent-elles être davantage conscientes de la durabilité face à des enjeux environnementaux, à la durabilité et à l’action?

« Il n’est pas nécessaire d’inventer des collectivités humaines durables à partir de zéro. Nous pouvons tirer des leçons des sociétés qui durent depuis des siècles… Nous pouvons baser des collectivités sur les écosystèmes de la nature, qui sont des collectifs durables de végétaux, d’animaux ou de micro-organismes. » – Fritjof Capra, Sustainable Living, Ecological Literacy, and the Breath of Life.

Tout comme les caractéristiques exceptionnelles de la biosphère terrestre (air, terre et eau) constituent sa capacité inhérente de maintenir la vie sur notre planète, une collectivité vraiment durable soutient la santé et la qualité de vie des générations d’aujourd’hui et de demain. En plus d’un environnement propre et sécuritaire, une telle collectivité cherche à protéger tous les organismes contre les préjudices et à assurer le soutien physique, émotionnel, intellectuel, culturel et spirituel de sa population.

Stibbe (2008) décrit ainsi la conscience de la durabilité : connaissances, compétences et attitudes nécessaires pour contribuer à un monde plus durable. L’expression s’inscrit dans le sillage de la « conscience de l’environnement » et de la « conscience de l’écologie ». Cette trajectoire démontre un virage d'une concentration étroite sur la pollution de l’environnement en faveur de plus vastes préoccupations portant sur la façon dont l’environnement peut fournir les nécessités de base et avoir de la valeur pour les générations d’aujourd’hui et de demain (c’est ce qu’on appelle aussi le développement durable, concept décrit plus à fond dans la prochaine section). Ce concept plus étendu de la durabilité englobe une éthique environnementale qui inclut l’idée du changement social, ce qui est le plus notable.

C’est pourquoi la définition de la nouvelle forme de « conscience » est devenue de moins en moins précise (p. ex. dans la terminologie des sciences biologiques), plus interdisciplinaire et générale. Par exemple, le cadre de travail définitionnel du Forum sur l’avenir du Royaume-Uni indique qu’une personne consciente de la durabilité pourrait :

  • comprendre la nécessité d’adopter une façon de faire durable, individuellement et collectivement;
  • avoir des connaissances générales et spécialisées suffisantes pour décider et agir d’une façon qui favorise le développement durable;
  • reconnaître et récompenser les décisions et les interventions d’autrui qui favorisent le développement durable (Forum sur l’avenir, juillet 2005).

Le mot même, « conscience », aide à refléter ce besoin d’apprendre dans un sens plus général parce qu’il s’agit d’une obligation universelle pour les étudiants dans tous les domaines. En fait, les chercheurs ont dégagé une tendance à exiger que les compétences en durabilité soient acquises de la même façon que les compétences de base que constituent la lecture, l’écriture et (maintenant) l’informatique (Stibbe, 2008; FF, 2005). En général, la conscience de la durabilité s’entend de l’acquisition d’une capacité à analyser, lire et rédiger de façon critique et à communiquer efficacement au sujet des aspects environnementaux, économiques et sociaux interdépendants du monde qui ont une incidence sur la vie et la santé des générations d’aujourd’hui et de demain. Pour les infirmières, cela peut signifier réfléchir, travailler et participer de façon créatrice et inclusive, devenir un « agent du changement », chercher avoir une vue d’ensemble et contribuer à une transformation consciente qui aboutit à un système de santé plus viable et à une société plus juste.